Les filtres de communication : pourquoi je suis si souvent incompris(e)

Combien de fois ais-je entendu de la part d’un manager qui ne comprend pas les réactions de ses équipes.

  • « pourtant je l’ai déjà dit plusieurs fois » ou encore
  • « ce n’est du tout ce que j’ai dit »

Ces phrases traduisent toujours de l’incompréhension face aux réactions de leurs équipes.

C’est souvent là que naissent les tensions et que l’agacement se manifeste.

Mais qu’est-ce qui aurait pu se passer différemment pour éviter ce type de situation ?

La réponse est rarement simple. Et si ce n’était pas ce que vous avez dit le problème, mais la manière dont vos paroles ont été perçues ?

Deux personnes peuvent entendre le même discours dans la même réunion et en ressortir dans des états d’esprit complètement différents.

La faute ? Aux filtres de communication.

Pour un dirigeant, les comprendre n’est pas un exercice théorique. C’est un levier direct de leadership.

Et si vous avez l’impression que c’est un sujet abstrait sans grande importance, détrompez-vous tout de suite.

Comprendre ce mécanisme vous évitera nombre incalculable de quiproquos et autres tensions avec vos équipes.

Alors qu’est-ce que nous apprennent ces filtres de communication de si important ?

1. Nous ne réagissons jamais aux faits, mais à leur interprétation

Un filtre transforme une réalité objective en expérience subjective.

Il se construit à partir de nombreux facteurs tels que l’histoire professionnelle, les expériences passées (succès, échecs, blessures), le rapport à l’autorité et au besoin de reconnaissance, le sentiment de légitimité ou encore les valeurs personnelles.

Ainsi :

  • Un feedback factuel peut être entendu comme une remise en question identitaire.
  • Une décision rapide peut être perçue comme autoritaire.
  • Une demande de précision peut être vécue comme un contrôle.

Le problème n’est pas le message. Le problème est ce que le message active chez l’autre.

Pour mieux comprendre les filtres de communication, voici ce petit schéma :

2. Plus vous avez de responsabilités, plus vos filtres ont d’impact

Un collaborateur peut se tromper dans son interprétation : l’impact reste limité.

Un dirigeant, en revanche, amplifie tout.

Votre posture, votre ton, vos silences, vos arbitrages sont lus à travers les filtres de vos équipes.

Si vous êtes très orienté performance, vous pouvez penser « Je suis exigeant et clair ». Certains collaborateurs entendront « Je ne suis jamais à la hauteur »

Si vous êtes très autonome et rapide dans vos décisions, vous penserez « Je fais gagner du temps ». Certains percevront « Mon avis ne compte pas »

Bien sûr, vous ne maîtrisez pas les filtres des autres et ce n’est d’ailleurs pas votre rôle.

Vous êtes responsable de la manière dont vous faites passer un message, pas de la manière dont il est reçu.

Cela étant dit, ignorer ces filtres peut coûter cher : temps, efficacité, sérénité.

En tant que leader, vous avez quelques cartes en main pour limiter leurs impacts dans l’efficacité de vos équipes :

1/ Comprendre vos propres filtres de communication

Beaucoup de dirigeants me disent :

« Je suis pourtant clair » , « J’ai expliqué » ou encore « J’ai été factuel »

Justement !

La communication ne se joue pas uniquement sur le contenu.

Elle se joue sur l’impact émotionnel et symbolique. Votre équipe ne réagit pas seulement à ce que vous dites mais surtout à ce que cela signifie pour elle.

Un dirigeant qui ignore ses filtres devient rigide alors que celui qui les reconnait gagne en justesse dans son rapport aux autres.

Vous êtes le leader, c’est à vous de faire le premier pas !

Observez-vous dans votre propre communication et demandez-vous :

  • Qu’est-ce que j’interprète trop vite ?
  • Où suis-je particulièrement sensible ?
  • Quelles attitudes m’irritent de manière récurrente ?
  • Qu’est-ce que cela dit de mes propres enjeux ?

Acceptez que tout le monde ne réagisse pas comme vous !

2/ Faire preuve d’intelligence empathique.

Voici des repères simples et opérationnels pour mieux décoder vos équipes :

  •  Remplacez “Pourquoi il réagit comme ça ?” par “Qu’est-ce que cela vient toucher chez lui ?” Cela change immédiatement votre posture.
  • Observez les réactions disproportionnées

Une réaction forte indique presque toujours un filtre activé : défensive rapide, retrait soudain, justification excessive, attaque frontale. Ce sont des filtres activés, pas forcément un problème de compétence.

  • Clarifiez l’intention, pas seulement le contenu

Au lieu de « Je veux que ce soit fait d’ici vendredi. » ajoutez « Mon but n’est pas de vous mettre la pression, mais de sécuriser le projet. »

Nommer l’intention réduit l’interprétation.

  • Vérifiez la réception

Une question simple « Comment tu reçois ce que je viens de dire ? »

Ces tout petits mots demandent du courage, mais ils désamorcent beaucoup de malentendus.

Comprendre les filtres ne signifie pas devenir psychologue.

Cela signifie :

  • Réduire les conflits inutiles
  • Désamorcer les tensions plus rapidement
  • Ajuster sa posture
  • Mieux distinguer un problème de compétence d’un problème de perception
  • Créer un climat plus mature

Et surtout, ne plus personnaliser systématiquement les résistances.

En bonus, le petit guide des filtres les plus fréquents en entreprise

Le filtre de légitimité

Plus une personne doute intérieurement de sa place, plus elle interprète les remarques comme des jugements.

Le filtre de reconnaissance

Un collaborateur en manque de reconnaissance captera davantage ce qui manque que ce qui est valorisé.

Le filtre de contrôle

Quelqu’un ayant besoin de sécurité interprétera l’imprévu comme une menace.

Le filtre du pouvoir

Toute décision descendante peut être vécue comme une domination si le rapport à l’autorité est fragile.

Attention, ces filtres ne sont pas des faiblesses ou des manipulations, ils sont simplement humains et la plupart du temps totalement inconscients.

En conclusion

La majorité des difficultés relationnelles en entreprise ne sont pas liées à la mauvaise volonté.

Elles sont liées à des filtres qui s’activent.

Diriger, ce n’est pas supprimer ces filtres, c’est apprendre à les reconnaître, chez soi et chez les autres.

C’est là que commence un leadership plus lucide ; et souvent, plus apaisé.


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